PRATIQUES PROMETTEUSES
Un balado sur la santé mentale et les dépendances

Épisode 8 : Territoires du Nord-Ouest

Épisode 8 : Guérison dans la nature (TNO)

12 mai 2021 – Découvrez l’expérience des Territoires du Nord-Ouest avec les programmes de guérison dans la nature. Grâce à une approche holistique centrée sur le lien à la terre, à la culture et à la tradition, ces programmes peuvent avoir des effets durables sur le parcours vers la guérison de personnes aux prises avec des problèmes de dépendances et de santé mentale.

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Loretta O’Connor – Bienvenue dans la série de balados Pratiques prometteuses. Nous voici maintenant au huitième des 13 épisodes de cette série sur la santé mentale et les dépendances. Cette série de balados est une initiative des premiers ministres des provinces et territoires visant à mettre en lumière l’innovation et à partager les pratiques prometteuses qui ont cours dans les provinces et territoires. Dans chaque épisode, nous vous présentons des experts de ce domaine et nous vous renseignerons sur des pratiques et des programmes novateurs. En partageant cette information, nous espérons vous sensibiliser au travail des gouvernements et des organismes non gouvernementaux pour la prise en charge des problèmes de santé mentale et de dépendances partout au pays.

Ici Loretta O’Connor. Je suis directrice générale du Secrétariat du Conseil de la fédération, un organisme qui appuie le travail des premiers ministres des provinces et territoires. Comme bien des Canadiens, je sais que beaucoup de gens sont aux prises avec des problèmes de santé mentale et de dépendances. C’est là une réalité avec laquelle plusieurs d’entre nous doivent composer chaque jour.

J’aimerais rappeler à tous nos auditeurs que si vous connaissez quelqu’un qui vit des moments difficiles, de l’aide est disponible. N’hésitez pas à demander de l’aide si vous en avez besoin.

Aujourd’hui, nous visitons les Territoires du Nord-Ouest, où vivent 33 collectivités comptant 11 langues officielles dont 9 sont des langues autochtones. Un peu plus de la moitié de la population des Territoires du Nord-Ouest est autochtone, ce qui inclut les membres des Premières Nations, les Inuits et les Métis.

Comme nous le savons tous, la santé mentale et les dépendances sont des enjeux complexes qui ont des répercussions sur plusieurs d’entre nous. Selon le Centre de toxicomanie et de santé mentale, dans une année donnée, une personne sur cinq au Canada sera affligée d’une maladie mentale ou d’un problème de dépendances.

Aux Territoires du Nord-Ouest, le taux d’hospitalisations pour des problèmes de santé mentale est plus de deux fois plus élevé que dans l’ensemble du Canada. Le taux d’hospitalisations pour automutilation est également trois fois supérieur à la moyenne nationale. Ce nombre élevé s’explique par les problèmes de toxicomanie, qui sont quatre fois plus élevés que la moyenne canadienne.

Les communautés éloignées peuvent avoir beaucoup de mal à accéder à de l’aide en santé mentale ou en lutte contre les dépendances. Or, elles ont mis en place des programmes qui se sont avérés efficaces, dont l’approche est centrée sur la guérison, utilisant ce qu’elles ont en abondance : les terres ancestrales et les traditions.

Aujourd’hui, nous allons en savoir un peu plus sur l’expérience des Territoires du Nord-Ouest avec les programmes Guérison dans la nature. Mais tout d’abord, je cède la parole à la première ministre des Territoires du Nord-Ouest, Caroline Cochrane.

Ceci est une traduction d’un balado qui a été enregistré en anglais.

Première ministre Caroline Cochrane : Bonjour, je m’appelle Caroline Cochrane, première ministre des Territoires du Nord-Ouest. L’histoire des Territoires du Nord-Ouest est remplie d’histoires de force face à l’adversité et d’un lien profond entre les gens et la terre. Ces histoires sont ancrées dans la capacité d’adaptation et le riche patrimoine culturel des peuples autochtones de notre territoire : Dénés, Inuits et Métis. Cette histoire s’étend aux histoires des premiers colons, des immigrants récents et des nouveaux Canadiens qui ont tous contribué à façonner nos communautés.

Il y a des chapitres douloureux dans notre histoire commune. La colonisation, les pensionnats et les traumatismes intergénérationnels qui en découlent font partie de notre réalité ici, dans les Territoires du Nord-Ouest, et ont des répercussions profondes. Si la résilience des habitants du Nord est indéniable, nous sommes tous conscients de l’impact de la santé mentale et de la dépendance sur de nombreux résidents. Dans nos collectivités et dans nos foyers, maintenir un équilibre sain est un défi constant auquel les gens sont confrontés. Moins visibles, mais tout aussi importantes sont les perspectives des nombreuses personnes qui travaillent avec acharnement pour maintenir les communautés en bonne santé et pour soutenir ceux qui les entourent. Si les approches actuelles en matière de santé mentale et de dépendance présentent des lacunes, le dévouement et l’engagement de nos gens à prendre soin les unes des autres n’en font pas partie.

Grâce à des partenariats avec nos collectivités et nos gouvernements autochtones, nous avons l’occasion de renforcer notre approche pour soutenir le bien-être mental et le rétablissement des victimes de dépendances en intégrant la médecine occidentale et les connaissances traditionnelles. L’approche du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest s’appuie sur les pratiques prometteuses d’autres juridictions et sur les recherches d’organisations nationales de premier plan comme la Commission de la santé mentale du Canada. Nous utilisons également les commentaires des collectivités lors de consultations à l’échelle du territoire, nous écoutons les anciens et nous intégrons les connaissances traditionnelles. Notre objectif est d’encourager l’espoir, de promouvoir l’autodétermination ainsi que d’établir et de maintenir des partenariats qui favorisent le bien-être mental et le rétablissement des victimes de dépendances, tout en reconnaissant le caractère unique du parcours de chaque personne.

Aujourd’hui, vous découvrirez le Programme de guérison dans la nature (On the Land Healing) et des récits sur les forces existantes de la connexion à la culture et à la communauté. Ancrées dans la culture, ces approches du rétablissement établissent de nouvelles orientations et philosophies de soins fondées sur la tradition et la spiritualité. Les expériences réelles des résidents des territoires présentés dans ce balado illustrent davantage pourquoi ces orientations sont si importantes. En fin de compte, cela donne un aperçu de la façon dont nous pouvons nous rassembler pour façonner notre territoire avec de meilleurs appuis en matière de santé mentale et moins de dépendances. Ce mode de traitement nécessite une action collective. En travaillant ensemble, nous pouvons changer l’histoire de nos Territoires du Nord-Ouest et la façon dont nous, en tant que société, nous soutenons les uns les autres pour mener des vies ayant un sens, une valeur et un but, peu importe les défis auxquels nous sommes confrontés.

De la part de tous les membres du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, nous espérons que vous apprécierez ce balado.

Loretta O’Connor – Merci, madame Cochrane, d’avoir préparé le terrain pour la suite de notre balado. Je vais maintenant vous présenter Paul Andrew, qui nous permettra de faire connaissance avec plusieurs personnes qui participent activement aux programmes Guérison dans la nature aux Territoires du Nord-Ouest. Paul Andrew est né et a grandi à Tulita, ici même aux Territoires du Nord-Ouest et il est devenu chef à l’âge de 22 ans. Après avoir occupé ces fonctions pendant plusieurs années, Paul amorce une carrière à Radio-Canada, où il travaille pendant 30 ans. À l’époque comme aujourd’hui, sa priorité est d’enseigner la langue et la culture dénées, de bâtir des relations entre les Autochtones et les Non-Autochtones et de favoriser la guérison et la réconciliation. Il a présidé le forum des Ministres des Territoires du Nord-Ouest sur les dépendances et le mieux-être communautaire en 2012-2013. Il a été un véritable modèle toute sa vie, et continue de l’être en tant qu’aîné déné hautement respecté. Voici Paul Andrew qui va présenter la pratique prometteuse d’aujourd’hui.

Paul Andrew : Les Territoires du Nord-Ouest sont tellement de choses. C’est un lieu chargé d’histoire, de traditions et de relief, qui offre des eaux et des paysages infinis, et qui abrite des gens humbles de toutes origines, races et croyances. Cependant, malgré toute leur beauté sauvage et leurs merveilles, les Territoires du Nord-Ouest ne sont pas à l’abri des problèmes qui affligent toutes les sociétés. Nous sommes, après tout, des êtres humains. Et il n’y a rien de plus humain que la bataille pour surmonter les luttes personnelles et sociales. Bonjour, je m’appelle Paul Andrew. Aujourd’hui, je vais vous emmener en voyage dans les Territoires du Nord-Ouest. Nous explorerons les différentes approches adoptées par les communautés pour combattre la santé mentale et les dépendances. Nous parlerons à des experts en santé et en bien-être qui travaillent sur les questions de santé mentale et de dépendance dans le Nord. Et nous entendrons parler des façons particulières dont ils ont essayé de résoudre ces problèmes par la guérison holistique dans la nature.

Le rétablissement de la santé mentale et de la dépendance est un parcours personnel. Il est très différent d’une personne à l’autre. C’est pourquoi il est important d’avoir une variété d’options qui couvrent un large éventail de soutiens pour la guérison et la connexion. Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest croit que les résidents devraient avoir accès à la bonne combinaison de soutiens, des soutiens qui sont basés sur la communauté, qui sont culturellement sûrs et qui favorisent l’autodétermination quand et où ils en ont besoin.

Le territoire est vaste et diversifié :  40 000 résidents vivant dans 33 communautés réparties sur 1,3 million de kilomètres carrés et parlant 11 langues officielles. Il n’existe pas de solution unique aux problèmes de santé mentale et de dépendance. Les collectivités ont trouvé des moyens créatifs d’aborder ces questions à leur manière.

Malgré son nom, l’Inuvialuit Regional Corporation ou IRC est bien plus qu’une corporation ordinaire. Elle a été créée en 1984 pour gérer la région désignée dans la Convention définitive des Inuvialuit. Il s’agissait du premier accord de revendication territoriale globale signé au nord du 60e parallèle et seulement du deuxième au Canada à l’époque. L’IRC représente les intérêts collectifs des Inuvialuit auprès des gouvernements et du monde en général. Son objectif est d’améliorer continuellement le bien-être économique, social et culturel des Inuvialuit. Jimmy Ruttan et Meghan Etter coordonnent la division Santé et bien-être de l’IRC dans la ville d’Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest. Jimmy est le gestionnaire du programme de mieux-être Guérison dans la nature. Meghan est la gestionnaire des services de counseling. Bienvenue sur le balado.

Meghan Etter : Merci.

Jimmy Ruttan : Merci.

Paul Andrew : Jimmy, qu’est-ce que le projet Jewel?

Jimmy Ruttan : Le projet Jewel est le programme de santé et de bien-être dans la nature de l’IRC, et il fonctionne dans toutes les collectivités de la région désignée des Inuvialuit. Son objectif principal est de connecter et de reconnecter les gens à la terre et à la culture. En plus de cela, nous offrons des programmes axés sur les traumatismes qui explorent les différents besoins de chaque collectivité et nous offrons des programmes régionaux pour tous les résidents de la région de Beaufort-Delta.

Paul Andrew : Meghan, comment cette initiative a-t-elle commencé?

Meghan Etter : Lorsque j’ai commencé à l’IRC, je travaillais en fait dans le cadre du Programme de soutien en santé, auprès des survivants des pensionnats et de leurs familles. Et dans ce contexte, beaucoup de clients m’ont dit qu’ils voulaient quelque chose comme ça. Nous avons donc mené un projet pilote dans le cadre duquel nous avons emmené des gens sur le terrain, et c’est d’ailleurs de là qu’est venu le nom Jewel, de certains de nos premiers clients qui avaient les initiales J, W et L. Ils ont créé le nom Jewel parce qu’ils sentaient que leurs initiales en faisaient partie. C’est donc de là qu’il vient. Et l’intention, à l’époque, était vraiment de les amener dans la nature, mais aussi de s’attaquer aux dépendances, et c’est ainsi que tout a commencé il y a environ huit ans.

Paul Andrew : Jimmy, quels ont été les défis que vous avez rencontrés?

Jimmy Ruttan : Le premier est le financement. Faire évoluer un programme à partir d’un projet pilote, essayer d’établir une marque, un produit réputé est quelque chose qui prend du temps et le temps équivaut à de l’argent. Il faut s’assurer que nous disposons d’un financement suffisant pour mener à bien un programme avec autant de soin, de respect et de considération pour bien faire le travail, et pas simplement le faire. C’était difficile parce que ce programme est financé par de nombreux accords de contribution et des subventions de diverses organisations et de divers paliers de gouvernements. L’établissement de ces relations avec les bailleurs de fonds a été un défi, mais une réussite. Nous avons également dû développer une approche de suivi pour nos participants afin de nous assurer que ce que nous offrions était unique pour soutenir ces personnes à long terme. Il ne s’agit donc pas d’un programme qui ne dure qu’un temps, merci d’être venu. C’est un programme qui accompagne les gens jusqu’au bout et les soutient tout au long de leur parcours de guérison, et qui permet également de pourvoir des postes. Parce que le suivi en soi est un travail à plein temps, surtout si l’on considère que vous gagnez disons dix clients par camp. L’un des autres défis, je dirais, est d’opérer dans chaque collectivité de la RDI, et d’être conscient de la façon dont les choses fonctionnent là-bas, d’être respectueux des façons de faire, vous savez, il y a beaucoup à apprendre.

Paul Andrew : Meghan, comment le programme a-t-il évolué depuis que vous avez commencé?

Meghan Etter : Nous avons certainement commencé par une idée. Et nous avons en quelque sorte fait beaucoup de programmes ad hoc. Nous cherchions des fonds, nous proposions un programme et nous étions ravis de les obtenir pour ce programme en particulier. Donc, nous sommes vraiment passés de comment et quand nous avons l’argent, à un véritable programme établi qui a maintenant des horaires et un personnel dédié à plein temps, et un peu plus de trésoreries dédiées aussi, ce qui a été utile pour maintenir tout ça.

Paul Andrew : Jimmy, comment évaluez-vous le succès du programme?

Jimmy Ruttan : L’évaluation est quelque chose que nous avons exploré nous-mêmes. Ce n’était pas quelque chose qui était imposé par un quelconque bailleur de fonds. Il y a le rapport standard de combien, de qui, où, combien de programmes, mais nous voulions nous assurer que nous avions notre propre forme de reddition de compte en place. Et nous n’étions pas sûrs de la façon de le faire, ce n’était pas seulement un spectre, un continuum d’enquête d’un à dix. Nous nous sommes donc demandé comment évaluer ce programme de manière respectueuse et significative. En partenariat avec l’Université d’Ottawa, nous avons donc demandé une subvention aux IRSC pour explorer différentes options d’évaluation pour un programme basé sur la nature. Ce que nous avons choisi, selon les conseils des anciens de la communauté avec lesquels nous avons travaillé dans le passé et avec lesquels nous continuons de travailler, d’anciens participants, du personnel de première ligne et des superviseurs ici dans l’IRC, ce sont trois formes différentes d’évaluation. Il s’agit de la voix photographique, des cercles de partage guidés et des entretiens individuels, tant avant qu’après le camp.

La voix photographique est l’une des formes d’évaluation les plus interactives. Au début de chaque programme, les participants reçoivent un appareil photo et sont invités à prendre des photos qui ont un sens pour eux. À la fin du programme, nous sélectionnons trois à cinq photos et leur demandons de nous expliquer pourquoi elles sont importantes, quelle est leur signification, puis nous élaborons un livre de photos et compilons leurs photos et leurs récits. C’est un très beau souvenir du programme qui est envoyé à chacun d’entre eux. C’est aussi un souvenir de l’expérience partagée et du temps passé au camp, ainsi que quelque chose de tangible à envoyer aux bailleurs de fonds potentiels, et pour partager nos expériences dans la nature. Nous analysons ces données à l’aide d’un logiciel et d’employés capables de repérer les éléments culturels, ce qu’un logiciel ne ferait peut-être pas. Nous analysons les différents thèmes qui reviennent dans les conversations, et cela nous informe sur ce qui va bien, ce qui ne va pas, ce dont nous voulons plus, ce dont nous voulons beaucoup plus, ce que nous aimerions ne pas faire, mais c’est un processus opportun. Donc, nous continuons à évoluer dans notre évaluation des programmes basés sur la nature et des programmes en général.

Paul Andrew : À quoi ressemble la journée type d’un participant à votre programme dans la nature?

Jimmy Ruttan : Alors, une journée type au camp peut être très différente en fonction de notre emplacement. Notre structure est très standard. Nous comprenons que beaucoup de mains allègent le travail. Donc, quel que soit le programme, nous avons toujours des anciens. Si les anciens ne sont pas présents, nous ne partons pas. Nous comprenons leur valeur, leurs conseils, leur point de vue, leur silence, tout est extrêmement bénéfique à l’expérience globale d’être dans la nature. La possibilité d’avoir des personnes présentes pour transmettre leurs connaissances et leurs compétences est primordiale. Ensuite, nous nous assurons que nous disposons d’un soutien suffisant pour mener à bien le programme. Nous aurons des agents d’entretien, des transporteurs, des préposés au camp, des cuisiniers, des aides-cuisiniers, et maintenant, avec les protocoles COVID, des serveurs, ainsi que des surveillants de la faune. Beaucoup de gens pensent que nous n’avons besoin de surveillants de la faune qu’en été à cause des ours, mais lorsque nous nous rendons dans des communautés côtières ou dans des endroits comme Aklavik, par exemple, les loups sont une grande préoccupation. Comme nous sommes dans des endroits comme Sachs Harbor et Ulukhaktok, nous devons nous inquiéter de l’ours polaire. Donc, il y a des préoccupations réelles. Sur cette base, c’est une expérience très facile pour nos participants. Et nous avons ce soutien en place pour une raison, parce qu’il y a beaucoup de choses dont les gens doivent s’inquiéter quand ils sont dans la collectivité, en ville. Et nous voulons essayer d’éliminer une partie de ce stress. Se nourrir et s’inquiéter de la faune, c’est une chose de moins dont quelqu’un doit s’inquiéter pour pouvoir se concentrer sur ce qu’il est venu faire : se concentrer sur soi-même. Notre approche de la programmation est très détendue. Nous offrons le programme, peut-être 50 % de la journée. Nous équilibrons cette programmation avec des activités basées sur la nature qui seraient la norme à cette époque de l’année. Nos programmes dans la nature sont axés sur les activités saisonnières traditionnelles, comme la pêche en automne, la chasse en automne, la chasse au béluga en juillet, la saison de piégeage, la cueillette des canneberges, des bleuets, des groseilles, etc. Nous suivons les variations tout au long de l’année et nous élaborons et offrons des programmes pendant les 12 mois de l’année. Il n’y a pas de meilleur moyen de développer des relations que de partager des expériences, d’apprendre à connaître quelqu’un et de partager des repas ensemble.

Paul Andrew : Meghan, comment ces activités améliorent-elles la santé mentale des participants ou les aident-elles à se rétablir de leur dépendance?

Meghan Etter : Sortir dans la nature et tout ça, c’est en soi relaxant, et c’est bon pour l’âme de se connecter à la terre. Cela leur donne le temps de travailler avec le programme de traumatisme, ou quelle que soit la prestation du programme. Ainsi, pendant qu’ils sont là, ils travaillent sur eux-mêmes dans un endroit où ils sont à l’aise, mais ils établissent cette relation et ces connexions avec des ressources qu’ils n’auraient peut-être pas eues autrement. Ainsi, s’ils étaient en ville, par exemple, ils ne se rendraient peut-être pas au bureau d’un conseiller pour lui parler de quelque chose. Mais s’ils se connectent d’abord dans la nature, quand ils reviennent en ville, cette relation a déjà été construite. Et donc aller les voir est beaucoup moins effrayant et beaucoup moins encombrant pour les individus. Lorsque vous êtes en mesure de vous soustraire du stress quotidien, que vous êtes dans la nature et que des choses comme la nourriture sont prises en charge, vous savez, tout ce dont vous avez à vous soucier, c’est de vous. Alors ça vous donne l’occasion de vraiment travailler sur vous-même, pleinement. Si vous étiez en ville et que vous organisiez le même programme, les téléphones portables s’éteindraient, les gens courraient chez eux pour nourrir leurs enfants, ils se concentreraient sur d’autres choses. Et en étant à l’extérieur, où que soit le camp, ça enlève tout ça et ça leur donne l’occasion qu’ils n’auraient peut-être pas eue autrement.

Paul Andrew : Qu’est-ce qui vous surprend le plus dans ce programme?

Jimmy Ruttan : La valeur de la nature pour les gens quand ils sont là. La nature et l’environnement, les activités culturelles, le développement des compétences, les occasions d’être simplement dans la nature sont très appréciés. Et cela vient avec le fait qu’il est très difficile de nos jours d’aller dans la nature. C’est coûteux. Une grande partie de ce dont nous avons besoin pour aller dans la nature est assez chère de nos jours. Les motoneiges ne sont pas bon marché. Les bateaux ne sont pas bon marché. L’essence atteint des sommets. Les matériaux de construction sont très chers. Le simple fait de s’établir pour construire son propre camp est un exploit, sans parler d’aller rendre visite à quelqu’un dans la forêt juste pour faire un pique-nique ou camper pour le week-end. Ainsi, lorsque nous nous occupons de tout cela et que nous offrons cette possibilité aux gens, c’est parfois un peu bouleversant. Nous n’avons pas de frais de service. Il n’y a aucun coût pour participer à l’un de nos programmes. Que vous veniez d’Inuvik, de Sachs Harbor, d’Ulukhaktok, d’Aklavik, de Tuktoyaktuk, de Paulatuk, peu importe. Nous couvrirons vos frais de déplacement, nous vous soutiendrons du moment où vous quitterez votre maison jusqu’au moment où vous y retournerez. Le fait d’éliminer ce stress, d’offrir cette possibilité, d’offrir cette connexion et cette reconnexion à la nature, et les possibilités qu’elle offre, tout cela a un impact considérable. On dit toujours que c’est l’une des parties les plus bénéfiques de nos programmes, elle passe avant les éléments de bien-être et les résultats structurés. C’est sortir, installer et vérifier les filets de pêche. C’est juste le fait d’être littéralement dans un espace qui englobe toute votre culture. Cela me surprend chaque fois. Je sais qu’il faut s’y attendre, mais je suis toujours surpris par le niveau d’appréciation que quelqu’un a pour sa terre et sa culture, alors qu’il en a été déconnecté pendant un mois ou 15 ans.

Meghan Etter : Sans l’engagement de nos participants, sans le soutien interne de l’IRC, et sans les soutiens financiers, nous n’aurions pas été en mesure de faire ce que nous avons fait jusqu’à présent. Et c’est agréable de voir que ça continue à se développer. Et c’est formidable de voir le travail qui a été fait à l’échelle de la collectivité. Je pense que c’est vraiment bien quand je repense aux étapes initiales de ce programme, qui était une idée, ou une pensée de certains clients, et à ce qu’il est aujourd’hui, c’est assez étonnant. Et je pense que sans toutes ces pièces du puzzle réunies, cela n’aurait pas été possible. Je suis donc surprise qu’il y a huit ans, lorsque nous avons eu cette idée, je n’ai jamais pensé qu’elle deviendrait ce qu’elle est maintenant. C’est incroyable que ce soit le cas. Donc, je suis heureuse de voir ça.

Paul Andrew : Quels ont été les avantages imprévus du programme?

Jimmy Ruttan : Il y a une opportunité, dans la nature, pour un changement de pouvoir. Chaque fois que nous avons des gens qui présentent les programmes, ils sont mis à la place du conducteur, OK, je vais présenter un programme sur la vie saine, ou nous allons explorer les traumatismes ou explorer le deuil ou explorer comment nos métiers changent, et comment nous nous construisons en fonction de nos expériences précédentes, d’accord. Et puis nous faisons basculer l’interrupteur et nous sommes dans la nature, et les participants deviennent les enseignants, qu’ils aient été dans la nature régulièrement ou non, vous savez, ces compétences reviennent. Et ce sont alors les enseignants, et les facilitateurs ou les accompagnateurs qui viennent au ce camp qui sont maintenant les étudiants. Donc, qu’il s’agisse de piéger et d’écorcher un rat musqué, ou d’installer un filet à poissons, puis de ramasser et de tirer le poisson, de le préparer, de chasser, de cueillir des baies, d’identifier les baies, nous avons cette expérience réciproque. Et cela, je pense, est merveilleux.

Meghan Etter : Je pense à l’une de mes histoires préférées. À un moment donné, nous avons fait venir un employé de la CIBC pour répondre aux besoins de certains des clients présents qui voulaient en savoir plus sur les services bancaires, car ils n’avaient même pas de compte bancaire. Et ensuite, nous l’avons mis dans un bateau. Et c’est le genre de gars qui porte le costume et la cravate. Et puis il vérifie les filets de pêche. Et tout d’un coup, il s’est assis et a posé tellement de questions aux participants, qui une heure avant, lui posaient toutes les questions. C’était un changement très intéressant. Et je pense que c’est certainement l’un des meilleurs bénéfices imprévus que nous avons eu.

Paul Andrew : Le programme est-il réservé aux bénéficiaires de l’IRC?

Jimmy Ruttan : Non, non. Et cela vient de notre Comité consultatif des aînés, il y a probablement six ou sept ans maintenant, et nous avons abordé la question de l’élimination des barrières et des influences négatives de la colonisation et de la division des gens dans la collectivité. Comment sommes-nous censés surmonter cela si nous ne travaillons pas ensemble? Comment sommes-nous censés en tirer un avantage en tant que peuple, collectif, communauté si nous ne travaillons pas et ne vivons pas ces choses ensemble? C’était juste ça et j’étais comme, c’est ça, merveilleux! Ainsi, bien que la majorité, la vaste majorité de 95 % de nos participants soit composée d’Inuvialuit ou, je suppose, d’Autochtones, des non-Autochtones ont participé à nos programmes. Et vraiment, il y a beaucoup d’expériences partagées. Nous avons tous une expérience ou un lien avec quelqu’un qui a des besoins en santé mentale, qui a vécu un traumatisme, qui a vécu un suicide, une perte ou un deuil. Au milieu du séjour, pas au début, pas à la fin, nous réalisons que nous avons tellement de similitudes entre nous que peu importe notre couleur, nos croyances ou nos origines, nous faisons tous l’expérience de la vie. Oui, il y a des choses différentes qui nous motivent ou qui nous font agir d’une certaine manière et qui sont uniques. Mais en fin de compte, nous sommes tous confrontés aux mêmes choses.

Paul Andrew : Si quelqu’un veut en savoir plus sur le projet Jewel, où peut-il vous trouver?

Jimmy Ruttan : Ils peuvent visiter le site de l’IRC au www.inuvialuit.com. Et ils peuvent nous appeler au 867 777-7000.

Paul Andrew : Merci de partager ces informations avec nous, et bonne chance à vous deux et à l’équipe de l’IRC. 

Meghan Etter : Merci beaucoup de nous avoir reçus.

Jimmy Ruttan : Merci pour cette opportunité.

Paul Andrew : Nos prochains invités travaillent avec le programme d’autoguérison des Premières Nations Dehcho. Il s’intitule « Voyage vers mon meilleur moi ». Ce programme de 30 jours a été créé pour aider les participants à surmonter les dépendances et les obstacles à la santé mentale. Il fait appel à une programmation holistique en langue dene zhatie et à l’accès aux anciens sur leur territoire. Beth Hudson est la coordonnatrice régionale de Dans la nature (On the Land). Kristen Tanche est la coordinatrice régionale de la santé et du bien-être. Beth, Kristen, bienvenue.

Beth Hudson : Merci.

Kristen Tanche : Bonjour.

Paul Andrew : Kristen, comment ce programme a-t-il commencé?

Kristen Tanche : J’aime dire que le programme a commencé il y a très, très longtemps, car nos anciens et notre peuple parlent de la guérison par la nature depuis très longtemps. Et c’est vraiment à partir de leurs paroles et de celles de nos ancêtres que nous avons essayé de continuer à travailler. Mais la planification minutieuse a vraiment commencé cet été, lorsque les dirigeants des Premières Nations du Dehcho se sont réunis et ont créé une résolution disant qu’ils voulaient voir un programme de guérison pour les jeunes. Nous étions déjà en train de planifier une sorte de programme de guérison, mais cela nous a donné un coup de pouce supplémentaire pour commencer le travail sur le terrain afin de trouver des fonds pour le programme, rédiger des propositions et autres. C’est alors que la planification a vraiment commencé, j’ai écrit quelques propositions et travaillé avec quelques organisations différentes. Puis, en janvier, nous avons pu embaucher Beth comme coordinatrice régionale sur le terrain pour commencer le vrai travail logistique de base pour offrir un programme de 30 jours qui se déroule à moitié dans la nature et à moitié dans un établissement de type résidentiel.

Beth Hudson : Mon rôle dans la planification et l’organisation du programme a vraiment commencé en janvier, avec la tâche, qui a duré deux mois, de mettre en place ce programme, vous savez, d’un point de vue logistique. Il s’agissait de s’assurer que nous disposions d’un emplacement sur le terrain, de coordonner et de communiquer avec les dirigeants de toute la région, de toutes les collectivités, afin de déterminer l’emplacement le plus approprié, de trouver du personnel et de mettre en place toute la logistique nécessaire. Et donc, ce programme de guérison est en place depuis plusieurs mois maintenant, nous avons le financement pour le faire, nous avons l’approbation pour le faire, allons-y. Et c’est alors que j’ai rejoint l’équipe. Et c’était une période très excitante, très occupée, et c’est toujours le cas. Je ne peux pas dire que ça s’est calmé du tout. Et je suis très heureuse de dire que nous avons réussi à le faire, que nous avons pu avoir une composante sur le terrain. Et nous sommes impatients de partager ce que nous avons appris, à la fois de nous-mêmes, du personnel et des participants, une fois qu’ils auront terminé.

Paul Andrew : Quels sont les défis que vous avez dû relever?

Beth Hudson : La capacité est un élément si important, et j’ai réfléchi tellement de fois au cours des dernières semaines à la façon dont je suis reconnaissante pour l’implication de chacun, que lorsque vous faites ce genre de travail, vous devez vraiment mettre une certaine quantité de foi dans, vous savez, l’univers, vous devez juste donner vos remerciements à la terre aussi. Et vraiment faire en sorte, j’ai fait en sorte de faire savoir aux gens combien je les apprécie, eux et leur soutien, même lorsque nous en avions désespérément besoin et que nous ne savions pas s’il y aurait une solution, vous savez, elle arrivait. Nous devions juste faire confiance au processus et à ceux qui nous entouraient. Et dès que quelque chose se présentait, dans les 12 heures, il y avait une solution qui apparaissait. Et cela ne serait pas arrivé sans l’incroyable réseau qui nous entoure. Et encore une fois, la croyance pure et l’espoir que les gens ont envers des programmes comme celui-ci. Vous savez, il n’y a pas que nous qui croyons et espérons que ces choses se passent bien. Les participants qui sont dans ce programme sont tous incroyables. Il y en a 15 qui sont tous des Dehcho Dénés, qui sont là et qui travaillent dur, non seulement les uns pour les autres, mais aussi pour leurs communautés et pour eux-mêmes. C’est tellement inspirant. Et donc toutes ces petites choses qui ont pu se produire, chaque personne qui a été impliquée dans ce projet s’est surpassée. Et je pense qu’en fin de compte, cela revient à l’espoir et à la croyance que nous avons tous envers la guérison et ce que signifient les programmes dans la nature. Il est important que tous les autochtones et les non-autochtones de l’Île de la Tortue aient ces possibilités, car c’est là que nous apprenons. Et c’est vraiment la direction que nous prenons, avec tout ce qui se passe dans le monde, c’est de revenir aux bases, de faire confiance à la nature qui nous entoure et d’utiliser ces outils pour répondre à nos besoins. Et la COVID a vraiment rendu cela évident.

Kristen Tanche : Je vais juste ajouter à cela, Paul, que les différents types de soutien qui ont été fournis variaient vraiment, sauf les partenariats avec les organisations et les personnes sur le terrain. Donc, la Première Nation de Jean Marie River, la Première Nation de LíídliiKúé et Katl’odeeche. Et les gens qui vivent dans ces collectivités ont offert leur soutien de nombreuses façons différentes. Mais aussi nos principaux bailleurs de fonds, le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, la division de la santé et des services sociaux, et le gouvernement fédéral, Services aux Autochtones Canada. Donc, de l’argent au matériel en passant par le temps des gens, il y a eu beaucoup de soutien, comme le disait Beth, au niveau territorial, régional et sur le terrain. De plus, l’infrastructure est un sujet dont nous entendons parler dans la région et de la part de nos collectivités. Lorsque nous réalisons des programmes dans la nature, l’infrastructure est souvent un véritable problème, car il est souvent difficile de trouver les fonds nécessaires à la construction d’une infrastructure. Il est rare de trouver des fonds que l’on peut consacrer à la construction d’infrastructures. Mais la réalité est que vous ne pouvez pas simplement envoyer un groupe de personnes dans la nature à la fin du mois de mars, vous avez besoin de matériel. Vous avez besoin de tentes, vous avez besoin idéalement de cabanes en bois, ce qui aurait été l’idéal, vraiment pour ce programme, les gens auraient été beaucoup plus au chaud. Mais en réalité, nous avons fait ce que nous pouvions et il y avait des tentes en toile. Et donc l’infrastructure est assurément un défi dans toute la région.

Paul Andrew : Quel type d’activités de guérison utilisez-vous dans le programme?

Beth Hudson : J’ajouterais la partie du lac Ekali. Ainsi, lorsque nous avons passé nos dix premiers jours dans la nature, les participants se sont rencontrés pour la première fois, se sont réunis pour la première fois et ont dû former leur propre petite communauté dès le départ. Ils sont là par moins 30, en hiver et au début du printemps. Il y a eu des blizzards, de la grêle, du vent, de la neige, il y a eu un peu de tout. Et donc, lorsque vous êtes sur le terrain, un élément important pour être en sécurité sur le terrain est de comprendre que c’est une question de vie ou de mort là-bas. Ainsi, les participants ont tout de suite dû monter leurs tentes de manière appropriée, afin de pouvoir vivre en toute sécurité par moins 30 degrés, ce qui n’est pas facile. Et bien sûr, mon rôle sur le terrain est de les soutenir. Et nous avons réussi à le faire et à rester en sécurité. Mais tout le monde a vraiment dû travailler ensemble. Au lac Ekali, pour les activités basées sur la nature, ils ont fait un peu de tout, de l’installation du camp, couper du bois, s’occuper les uns des autres, monter les tentes jusqu’à des choses comme la chasse, ce qui est vraiment excitant à voir. Nous avions donc du matériel et des équipements sur place pour que les participants puissent profiter au maximum de leur présence sur le terrain. Nous savions que c’était quelque chose que nous devions fournir. Nous avons donc eu des hommes qui chassaient, ce qui est impressionnant à voir. Il y avait quelques élans autour des zones et ils étaient assez proches à quelques reprises. C’est vraiment excitant de voir ça. Nous avons aussi appris à connaître les différentes pistes et le piégeage dans la région. Nous avons eu la visite, nous croyons, d’un lynx à un moment donné, ou peut-être d’un vieux loup et vous savez, comprendre des choses comme ça, ainsi que beaucoup de cérémonies et d’enseignements traditionnels aussi, ce qui était une composante énorme. Parce que, vous savez, le lac Ekali, si vous n’êtes pas de la région du Dehcho, même les gens de la région du Dehcho ne sont pas pleinement conscients de, vous savez, l’histoire de cet espace. Et ce n’est pas à moi de raconter cette histoire. J’aimerais que les gens se rapprochent des anciens de Jean Marie River, pour leur demander leurs histoires. Mais finalement, vous savez, nous avons passé beaucoup de temps à écouter. Nous savons que cet espace est un lieu spirituel très sacré pour de nombreuses raisons. Et en utilisant cet espace pour un programme de guérison comme celui-ci, qui, nous l’espérons, deviendra générationnel, vous savez, cela ne va pas régler les problèmes de tout le monde d’emblée. Mais si nous pouvons continuer à construire dessus, en fin de compte, que ce soit cette génération ou la suivante, nous espérons pouvoir continuer à construire cette durabilité et cette capacité afin que la guérison puisse vraiment être une sorte d’activité communautaire. Le fait qu’ils soient sur le terrain pour apprendre non seulement leur langue et leurs compétences traditionnelles, mais aussi que les anciens viennent pour partager leurs histoires, c’était vraiment important. Nous avons donc eu des aînés qui ont expliqué la signification de ce lieu. Ils ont partagé des enseignements culturels et cérémoniels, et nous avons pu utiliser, vous savez, l’endroit où se trouvait leur feu traditionnel pour la danse du tambour. Et c’était vraiment, vraiment cool. Mais assurément, vous devez toujours garder vos oreilles ouvertes. Et vous devez reconnaître que lorsque vous vous engagez dans ce genre de programme, la composante spirituelle est tellement importante. Et nous avons vraiment pris cela à cœur. Et c’est vraiment ce que nous avons fait. Et au fur et à mesure que le programme se déroule, différents aînés viennent pour différentes raisons. Il ne s’agit pas seulement de participer à ce programme de 30 jours et de penser que tout va être parfait. Un élément important est de s’assurer que nous parlons de ce qu’est le suivi, de ce qu’est la prise en charge communautaire, de ce dont vous avez besoin, en tant que participants et personnel, pour poursuivre ce voyage vers l’avenir. De quoi avez-vous besoin pour partager ces enseignements, pour partager vos histoires avec les membres de la communauté afin de construire cet héritage de guérison et qu’est-ce que cela signifie? C’est ce que nous essayons de faire, et c’est formidable d’entendre qu’ils créent en utilisant les connaissances des anciens de la région, et que les gens font un peu de tout. Ils apprennent à vivre d’une manière autochtone, d’une manière traditionnelle dans leur région. C’est vraiment excitant d’en entendre parler, d’y penser et d’être capable de jouer un rôle pour appuyer cela, c’est vraiment génial et significatif pour moi.

Paul Andrew : Kristen, quel est le type d’engagement de ce programme de guérison de 30 jours, de la part des participants et des organisateurs?

Kristen Tanche : Nous avons demandé aux participants de s’engager à suivre un programme de 30 jours sans alcool ni drogue. Cela peut être beaucoup. Beaucoup de nos gens ont des familles, des emplois et des choses qu’ils ont laissés derrière eux, pour venir faire ce voyage de guérison qui se déroule en partie dans la nature et en partie dans un établissement qui est plongé dans la culture dénée. C’est beaucoup demander aux gens et ils ont accepté de participer à ce programme. J’étais là pour les envoyer là-bas et les enregistrer avant qu’ils ne partent dans la nature. Et j’ai participé à différents programmes sur le terrain et j’en ai présenté plusieurs. Et le sentiment qui régnait parmi les participants était très apaisant. Ils étaient tous très heureux d’être impliqués et de faire partie de ce programme. Ils n’étaient pas inquiets ou nerveux. Et je ne sais pas combien de personnes sont allées dans la nature ou ont participé à un programme et ont quitté leur famille pendant 30 jours. J’ai participé à quelques programmes de ce genre et c’est très éprouvant pour les nerfs. Et vous n’avez pas obtenu cela de ces participants. Il s’agit donc de demander aux gens de s’engager à passer du temps loin de leur famille pour se consacrer à la guérison. Nous avons également demandé au personnel de ne pas oublier que le programme était exempt d’alcool et de drogues, et nous leur avons demandé respectueusement de s’abstenir de consommer quoi que ce soit pendant leur participation au programme en tant que membre du personnel. Nous avons également demandé aux membres du personnel de consacrer leur temps, de quitter leur famille, en particulier pour la partie en nature, et de laisser leur vie derrière eux pour venir nous aider à mettre en œuvre ce programme, que ce soit en cuisinant, ou en s’assurant que tout le monde soit en sécurité et en bonne santé.

Paul Andrew : Kristen, c’est le premier programme de guérison de 30 jours de la Première Nation Dehcho. Qu’est-ce qui vous a surprise?

Kristen Tanche : Je savais que cela allait avoir une grande importance pour leur région. Et je savais qu’étant donné la réalité actuelle des programmes de guérison dans les Territoires du Nord-Ouest, mais aussi à cause de la COVID, il y a beaucoup de programmes qui ne sont pas aussi accessibles, comme les établissements de traitement résidentiels. J’avais le sentiment qu’il y aurait beaucoup d’intérêt, mais ce qui m’a surpris, c’est le niveau d’intérêt qu’il y avait. Nous avons eu des gens de tous les territoires qui voulaient suivre le programme, et des membres de l’Assemblée législative, donc les politiciens étaient intéressés par le programme. Nous avons même reçu un courriel d’un vidéaste qui voulait faire un documentaire sur le programme de guérison. Donc, il y a beaucoup d’intérêt parce que c’est vraiment nécessaire dans les Territoires du Nord-Ouest, mais pas seulement dans les Territoires du Nord-Ouest, mais je pense que partout au Canada, nous avons besoin de plus de programmes comme celui-ci.

Paul Andrew : Beth, Kristen, quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut mettre en place un programme similaire au vôtre?

Beth Hudson : Vous ne pouvez pas faire ce genre de travail seul. Je dirais que maintenant, pour tous ceux qui veulent essayer de faire quelque chose comme ça, vous ne pouvez pas le faire seul. Vous avez vraiment besoin de ce soutien, vous avez vraiment besoin de ces relations, vous avez besoin de cette collaboration pour exister, parce que c’est plus que juste vous. Il ne s’agit pas seulement de mon désir de gérer personnellement un programme de guérison. C’est vraiment pour la région et pour les gens. Et c’est la perspective dans laquelle nous nous plaçons. Et donc, vous devez vraiment compter sur ces personnes pour créer ces programmes significatifs. Et c’est vraiment ce qui s’est passé et ce qui a été si puissant dans tout cela. Et cela me rend certainement optimiste pour l’avenir, car on ne peut que construire sur des choses positives comme celles-ci, et en continuant à collaborer de cette manière, je pense que cela renforcera naturellement la capacité, non seulement de ces communautés, mais aussi de la région, à continuer à le faire.

Kristen Tanche : Je leur dirais de travailler avec leur région. Beth parlait de tout ce qu’elle a appris sur le travail avec les collectivités, et pour moi, nous venons d’une époque où les gens viennent nous dire ce dont nous avons besoin. Nous venons d’une époque où les gens viennent et disent : « vous devez apprendre à notre manière et vous devez guérir à notre manière ». Et il est si important, lorsque vous travaillez sur des programmes de guérison, que vous demandiez aux gens de la région, que vous les écoutiez, et que vous écoutiez vraiment quels sont les besoins de la région et de ses habitants. Ma mère fait partie de la Première Nation de LíídliiKúé. Je fais partie des Premières Nations du Dehcho, j’ai grandi ici, j’ai passé beaucoup de temps ici et je travaille avec les Premières Nations du Dehcho depuis un certain temps. J’ai donc pu passer du temps à réfléchir à ce que la région a dit et à écouter ce que la région et les communautés disent de leurs besoins. Et pour moi, c’est la chose la plus importante si vous voulez venir et travailler sur ces types de programmes de guérison, qui sont destinés à aider les gens à avancer dans leur vie, vous devez écouter ce que sont les besoins, vous devez être culturellement approprié, et vous devez vraiment vous assurer que vos actions reflètent votre écoute. Que vous ne vous contentiez pas de dire que vous écoutez, que vous mettiez réellement en action certaines de ces choses que vous avez entendues.

Beth Hudson : Pour la prochaine fois, et j’espère vraiment que cela se produira, les plus grandes leçons que j’ai apprises sont de se concentrer sur la collectivité, de se concentrer sur cette collaboration. Lorsque vous planifiez, vous savez, pour identifier les domaines où vous allez avoir besoin d’aide. Et je savais dès le départ que je n’étais pas moi-même originaire du Dehcho. Je ne suis donc pas nécessairement la bonne personne pour passer des appels téléphoniques aux anciens ou aux membres de la communauté que je ne connais peut-être pas très bien. Et donc, pour beaucoup de gens qui sont à ma place, qui n’ont pas nécessairement l’impression d’avoir ces liens communautaires, vous savez, nous sommes si nombreux dans ce domaine à ne pas travailler nécessairement au sein de nos communautés d’origine, qu’est-ce que cela signifie? Et je pense que ma plus grande leçon a été que vous pouvez toujours jouer un rôle dans la guérison de la communauté, peu importe où vous êtes. Vous savez, la chose la plus importante est de faire passer les voix de la communauté en premier, de faire passer les besoins de la communauté en premier, et de toujours écouter. Une grande partie du travail que je fais maintenant dans les programmes de guérison et de leadership consiste simplement à faire savoir aux gens qu’ils ont leur place. Vous savez, peu importe d’où vous venez, nécessairement, ou où vous vous trouvez, vous pouvez toujours être un atout incroyable pour une collectivité. Notre mission est d’aider les gens à se sentir bien, à se sentir mieux, à surmonter les obstacles qui se dressent dans leur vie. Et idéalement, encore une fois, si nous continuons tous à travailler pour cette communauté de guérison, peut-être qu’il y aura un héritage dans tout ça. Et peut-être que finalement, toutes nos communautés seront un peu plus saines, vous savez, un peu plus heureuses et un peu plus reconnectées. Et donc, tout rôle que je peux jouer dans ce domaine est formidable. Et si nous pouvons continuer comme ça, alors c’est le monde que je voudrais voir.

Paul Andrew : Si quelqu’un veut en savoir plus sur le programme, où peut-il vous trouver?

Beth Hudson : Les gens peuvent donc m’envoyer des courriels s’ils sont intéressés par le programme et ont des questions à ce sujet. Vous pouvez trouver mes coordonnées. Elles devraient être sur le site Web maintenant. Mais si ce n’est pas le cas, mon adresse électronique est beth_hudson@dehcho.org. Et le numéro de téléphone du bureau est le 867-695-2355. Vous n’avez qu’à me demander, et on vous mettra directement en contact avec moi. Je suis toujours heureuse de parler des programmes de guérison, des programmes la terre, et si je peux aider quelqu’un d’autre, je suis toujours plus qu’heureuse de l’écouter et de lui fournir toutes les informations dont je dispose.

Paul Andrew : Merci à vous deux de vous être jointes à nous aujourd’hui.

Beth Hudson : Génial. Merci de nous avoir reçues.

Kristen Tanche : Merci Paul.

Paul Andrew : Le projet Jewel et Voyage vers mon meilleur moi sont axés sur la guérison dans la nature. Ils sont également uniques et distincts l’un de l’autre. Chacun adopte les besoins, la culture et les traditions spécifiques de sa région et se concentre sur ceux-ci. Ce ne sont que deux des nombreux programmes de guérison dans la nature en vigueur dans les Territoires du Nord-Ouest qui sont financés par le gouvernement territorial, les gouvernements autochtones et d’autres sources. Ces programmes comprennent de petits camps communautaires, exploités par des organisations autochtones locales, de plus grands camps exploités par des gouvernements autochtones et un camp urbain situé dans la capitale, Yellowknife. La guérison dans la nature est une variante établie et importante à la gamme complète des options de guérison pour la santé mentale et les dépendances. J’aimerais vous rappeler que si vous ou quelqu’un que vous connaissez éprouvez des difficultés, de l’aide est disponible. Si vous êtes dans les Territoires du Nord-Ouest, appelez la Ligne d’aide des TNO : 1-800-661-0844, je répète : 1-800-661-0844. N’hésitez pas à demander de l’aide si vous en avez besoin. Je m’appelle Paul Andrew. Merci de votre attention. Je vous souhaite une bonne santé.

Loretta O’Connor – Merci d’avoir partagé avec nous l’expérience unique des Territoires du Nord-Ouest dans le cadre des programmes Guérison dans la nature. On constate qu’il n’y a pas d’approche universelle quand il est question de santé mentale et de dépendances. Des communautés comme celles des Territoires du Nord-Ouest ont eu recours à des moyens créatifs et originaux pour prendre en charge de tels enjeux. Nous pouvons tous apprendre de leur expérience.

Soyez des nôtres à nouveau la semaine prochaine, alors que nous nous rendrons en Alberta pour en savoir plus sur les systèmes de soins axés sur le rétablissement. Cette approche centrée sur la personne voit au-delà des problèmes de santé mentale ou de dépendances de la personne. Elle vise à améliorer la qualité de vie en favorisant l’équilibre et la guérison dans tous les aspects de la santé et du bien-être des personnes touchées, et ce en offrant des possibilités d’emploi, de la formation et un logement stable, et en renforçant les relations familiales et le réseau social des personnes prises en charge afin qu’elles puissent mener une vie constructive, réussie et remplie d’espoir.

Alors, soyez des nôtres la semaine prochaine pour une autre pratique prometteuse en matière de santé mentale et de dépendances.

 

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